Nouvelles frontières

Les Verts ont beau proclamer leur autonomie, ils n’arrêtent pas de dire à qui veut l’entendre qu’ils ne peuvent rien sans le PS, et toute leur ambition aux européennes c’est de faire un score pour peser dans les négociations… Du côté du PRG pareil, on tient à son autonomie mais on se range bien derrière le PS comme des petits soldats. Quant au PCF s’il regarde avec inquiétude le PS c’est surtout qu’il n’est rien sans eux. Et tous de se lamenter que le PS soit bloqué. C’est complètement hallucinant de se mettre à ce point dans une dépendance totale. Encore pour le PCF ça se comprend, y’a plus aucune légitimité populaire. Mais pour les Verts, c’est déshonorant.

Certains donnent l’UMP en exemple, prétendant qu’ils ont unifié la droite. En réalité, l’UMP est un nouveau mouvement, qui ne correspond en rien à ce qu’était le RPR, ni à ce qu’était l’UDF. C’est un parti nouveau, qui propose une réponse nouvelle à un monde nouveau. Le même phénomène a eu lieu du côté du MoDem, qui est probablement de manière plus flagrante encore une offre politique nouvelle. Ceux qui regrettent que le MoDem ne soit plus l’UDF ont raison de dresser ce constat, mais à mon sens tort de le regretter. On ne peut pas continuer à proposer pour les années 2010 un schéma adapté au monde des années 1970 !

C’est pour cela que je suis convaincu que la démarche de l’UMP, du MoDem et du nouveau parti anticapitaliste sont pertinentes (indépendamment de ce que je pense de leur pertinence pour la France et l’Europe), alors que celles du Nouveau Centre, du PS et du PCF sont voués à l’échec. Il suffit d’ailleurs de regarder les partis : lesquels ont le vent en poupe ? lesquels sont en crise ?

Le monde a changé, et le monde politique est en train de changer aussi. Les partis doivent s’adapter ou disparaître. Le PS n’aura pas vraiment le choix : soit il lancera une rénovation idéologique de profondeur, soit il dépérira. Une troisième hypothèse est possible, mais ce serait la pire : que, par un improbable concours de circonstances, il revienne au pouvoir dans l’état où il est, incapable de gouverner car sans aucun repère idéologique. Il ne suffit pas de sauter sur sa chaise en criant « gauche, gauche », quand on n’est même pas capable de définir ce que ce mot signifie.

Lorsque j’affirme que les mots de droite, gauche ou centre sont dépassés, je ne veux pas dire qu’il n’y a plus vraiment de différence de valeurs ou de projets entre les différents partis. Tout au contraire, je crois que ces repères vont faire toute la différence et je suis convaincu que les clivages vont s’affirmer encore dans les années qui viennent. Simplement, ces clivages sont complètement différents de ceux qui existaient dans les années 1970.

Je ne suis pas d’accord quand certains disent que la gauche et la droite c’est pareil. C’est fallacieux, car ça laisse entendre que les politiques portées par les différents partis sont semblables. En réalité, c’est l’utilisation même de ces mots qui est porteur de confusion. Ils sont vides de sens, car ce qu’ils recouvrent ne correspond plus à des clivages idéologiques. Les clivages sont ailleurs. Parler en termes de droite et de gauche aujourd’hui, c’est masquer la réalité sociologique et politique. C’est jouer au football sur un terrain de rugby.

Étonnez-vous après ça qu’on ne s’y retrouve plus à essayer de décrypter les alliances des uns et des autres, à analyser pourquoi il y a tellement de gens qui traversent les frontières autrefois structurantes de la droite et de la gauche, pourquoi les ouvriers votent Sarko avec les financiers et les retraités, ou pourquoi les bourgeois votent PS avec les fonctionnaires et les étudiants. C’est tout simplement parce que les cartes ne sont pas à jour ! Les contours se sont redessinés, les frontières se sont déplacées et on utilise toujours une carte du XIXe siècle pour analyser la situation du monde du XXe siècle, on se retranche toujours derrière sa ligne Maginot au lieu de moderniser ses avions.

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