Tribulations politiques d’un jeune citoyen

« Tu savais maman que les Verts étaient à l’extrême-gauche ?
— Ah bah je voterai sûrement pas pour eux alors !
— Mais non, je voulais juste dire qu’ils siègent à l’extrême-gauche au Parlement, parce qu’on ne sait pas où les mettre !
— Ah, d’accord. Je réfléchirai…
— C’est important, tu sais… il faut voter Verts ! »

Ça devait être vers 1993 ou 1994. En 1992 déjà, à l’âge de 12 ans, j’avais fait campagne à mon échelle pour le Oui au traité de Maastricht. Mais mon premier amour politique, ce furent les Verts, et même si en 1995 j’avais préféré soutenir Lionel Jospin (souvenez-vous, le candidat du vrai changement), dès que j’ai eu l’âge de voter ce fut un bulletin vert que je mis dans l’urne : celui de Marie-Christine Blandin pour les régionales de 1998. Ma grand-mère, chez qui je vivais à l’époque, un temps séduite par le candidat anti-impôts, et qui votait généralement à droite, finit par voter Verts suite à mes arguments. Aux européennes de 1999, c’est avec une grande satisfaction que je donnais ma voix à la liste de Daniel Cohn-Bendit. Enfin aux municipales de 2001, les Verts faisant à Strasbourg liste commune avec le PS, j’ai voté pour Catherine Trautmann.

J’ai commencé à me rendre compte de la gauchisation de plus en plus prononcée des Verts à l’occasion de la présidentielle de 2002 : les deux candidats en lice pour l’investiture, Alain Lipietz et Noël Mamère, étaient assez marqués à gauche, pour ce que j’en savais. Je crois que j’ai quand même voté Vert à cette élection, à moins que ce soit Lionel Jospin, dont j’étais content du bilan (et dont le programme n’était « pas socialiste »), qui ait recueilli mon suffrage. C’est l’une des rares élections pour lesquelles je ne me souviens pas de mon vote, ce qui est significatif de son intérêt, mais je crois que beaucoup de monde à l’époque trouvait cette élection assez nulle (bien sûr au deuxième tour, j’ai voté Chirac comme tout le monde). Dans les mois qui ont suivi, les gesticulations outrancières de Noël Mamère, symptômatiques de la dérive des Verts, commençaient à me gêner de plus en plus. Autrefois les Verts faisaient alliance avec la gauche, parce que la droite avait un projet incompatible avec l’écologie, mais ils refusaient absolument d’être étiquetés à gauche. C’était l’époque où on entendait des choses intéressantes : « Il y a la droite. Il y a la gauche. Et puis il y a l’écologie politique, qui est un projet totalement nouveau ». On n’entendait plus ce genre de choses en 2002. Quand on voit qu’aujourd’hui Baupin verse dans la surenchère et reprend à son compte le « 100% à gauche » de Besancenot… c’est triste.

Alors en 2004, je n’ai pas souhaité voter pour les Verts. Aux régionales, j’ai voté Waechter. Au premier tour des cantonales, c’est Jacques Bon qui a eu ma voix… il était étiqueté UDF. Certes, au second tour, entre la candidate Verte et le candidat PS, j’ai quand même voté Vert. Mais au premier tour, j’avais voulu symboliquement marquer mon soutien à une UDF détachée de la droite. Enfin, quelques mois plus tard, pour les européennes… j’ai apprécié la campagne paneuropéenne des Verts, mais j’ai choisi Nathalie Griesbeck ! J’avais comme un pressentiment que le souffle, il était là désormais. Et je n’ai vraiment pas regretté mon vote quand j’ai vu que François Bayrou quittait le PPE et créait avec le centre-gauche italien un nouveau parti pro-européen au-delà des clivages. Hourra ! Et c’était l’Europe qui allait faire émerger cette nouvelle façon de faire de la politique !

J’étais comblé. Si cela avait été possible, j’aurais adhéré immédiatement au Parti démocrate européen. Mais adhérer à l’UDF ? Je ne pouvais pas, elle restait encore trop affiliée à la droite. Les Verts ? Je ne pouvais plus. Trop de divergences désormais. Je ne voulais pas fermer la porte, je me disais, peut-être un jour… Le PS ? Pour ça, il faudrait qu’ils se décident entre le marxisme et la social-démocratie. Alors j’ai continué sans carte. Et j’ai observé avec intérêt l’UDF s’éloigner lentement de la droite sous l’impulsion de François Bayrou.

En 2005, bien sûr, le fameux référendum. J’ai fait campagne tout seul, sur internet, intervenant sur un nombre de blogs impressionnant, rédigeant des tracts, militant sur les forums, écrivant à Chouard (que je pensais sincère à l’époque) pour lui expliquer mon point de vue (il ne m’a jamais répondu)… l’UDF a fait une campagne assez médiocre, le PS n’en parlons même pas, et à l’UMP Chirac, Raffarin et Sarkozy se sont flingué le scrutin avec la complicité de Barroso (« The yes needs the no to win against the no »). Quels nuls ! Y’avait que les Verts pour réussir une vraie campagne européenne, avec Monica Frassoni, Daniel Cohn-Bendit et tous les autres. Ça m’aurait presque réconcilié avec eux, tiens. Mais non, décidément, les Verts français préféraient se complaire dans leurs gesticulations plutôt que de s’engager dans la modernité européenne.

Et puis vint le temps de penser aux présidentielles, qui promettaient d’être aussi médiocres qu’en 2002. Sauf que…

D’abord, il y a eu Ségolène. Un petit vent de fraîcheur. Pour la première fois, j’ai eu envie de rejoindre le PS. J’avais même ma carte bleue dans la main pour régler mon adhésion à 20€ quand je suis tombé sur une vidéo populiste où le PS caricaturait la droite sous forme d’un karcher nettoyant le code du travail. Une vidéo comme ça en page d’accueil du site officiel ! Douche froide. C’est ça que les socialistes ont à offrir ? J’ai une autre idée de la politique. J’ai rangé ma carte bleue, bien décidé à y réfléchir à deux fois avant de m’engager. Quant aux Verts, bah… ça n’allait décidément pas en s’arrangeant. Alors je suis encore resté loin des partis.

Et puis un jour de janvier 2007, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce mouvement qui m’intriguait depuis quelque temps, celui de François Bayrou : je me suis rendu à une petite réunion des Jeunes UDF, pour voir un peu ce qu’ils avaient à dire. Et j’en suis ressorti séduit : le dialogue droite-gauche qu’ils revendiquaient n’était pas qu’une posture électorale, il était réel. Du côté du PS, je suis allé aux meetings de Royal. Mais je me sentais désormais mal à l’aise : autorité, nation, armée… ça sentait mauvais. Je déchantais beaucoup. En plus elle était nulle. On s’ennuyait à ses meetings, heureusement qu’il y avait Delanoë pour redonner des couleurs. À l’inverse, Bayrou me séduisait de plus en plus. Lorsque je suis allé au grand meeting de Royal à Villepinte, j’avais quasiment déjà choisi mon camp : ce serait Bayrou. Je défendais déjà son projet un peu partout sur internet. J’ai quand même agité un drapeau Ségolène, mais c’était surtout pour les beaux yeux d’une jeune socialiste qui me l’avait demandé. Et plus Ségolène Royal parlait, plus je voulais rejoindre François Bayrou.

Eh ben c’est ce que j’ai fait : après cet épisode, je me suis résolument engagé dans la campagne du Béarnais. J’ai eu la certitude qu’il était le bon choix pour la France quand je l’ai rencontré. Il avait cette assurance, cette sérénité, cette vision, cette carrure d’un président de la République. Sa posture m’avait attiré, son programme m’avait convaincu, maintenant sa personnalité me séduisait. Il s’en est fallu de peu que la majorité des Français me rejoignent sur ce choix. Mais cet échec, car malgré le score c’était un échec, n’allait-il pas faire revenir l’UDF vers la droite, par un vieux réflexe de repli ? Je ne pouvais pas les rejoindre sans un signe clair d’indépendance.

Et ce signe de renouveau, que j’avais tant attendu des Verts, tant désespéré de voir arriver, il est venu de François Bayrou. Fini l’UDF, on allait fonder un mouvement nouveau, un grand mouvement démocrate, au-delà des clivages traditionnels. C’est un grand sacrifice que d’accepter un tel changement : ce n’est pas une simple nouvelle dénomination, c’est un vrai nouveau mouvement qui est lancé. Et l’UDF s’est lancée dans cette aventure, en a payé lourdement le prix. C’est un gage d’engagement comme aucun autre parti n’a su en donner. Alors je me suis engagé moi aussi. J’ai rejoint le Mouvement démocrate.

Et plus le Mouvement démocrate construisait son projet, plus je me suis senti à l’aise dans cette famille. Chacune des interventions de François Bayrou m’a progressivement renforcé dans mon appartenance à ce mouvement. La symbiose des convictions écologistes et des valeurs sociales chrétiennes a fait de ce parti l’incarnation même de mon sentiment politique. Je ne sais pas quel sera notre avenir en tant que parti, mais je suis intimement convaincu que nos idées sont celles dont notre pays, notre continent, notre monde a instamment besoin, et qu’elles seront nécessairement appelées à gouverner dans un avenir proche.

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Une réponse à Tribulations politiques d’un jeune citoyen

  1. Clément Berthelot dit :

    C’est impressionnant. En écrivant cela, j’ai l’impression que tu retranscrit le parcours de nombreux militants et sympathisants, de convictions dites de « gauche » parce que sociales et écologiques, mais trahit par les partis sensé les porter par de petites querelles intestines (bien moins marqué au MoDem, même si les conflits internes existent, c’est cela la démocratie !).

    J’en ai presque les larmes aux yeux ^^

    Quand je vois ton texte, en ce premier avril, je me dis que le MoDem n’est définitivement pas une grosse blague.

    Salutations démocrates

    Clément Berthelot, JDem Breton

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