Taxe carbone et vision globale

L’actualité remet en ce moment la taxe carbone au goût du jour. C’est évidemment une avancée bienvenue, et pour moi, la taxe carbone est indispensable. Mais pour être un vrai progrès et pas une lourdeur administrative de plus, elle doit s’inscrire dans une réflexion globale et profonde sur notre société.

Prenons un exemple. Si on regarde aujourd’hui pourquoi telle ou telle personne prend sa voiture pour faire des kilomètres chaque jour, on pourrait avoir comme réponses :
– Parce qu’elle a fait le choix de vivre plus confortablement à la campagne, avec une maison plus grande, de la verdure, des animaux, tout en profitant en même temps des bénéfices d’un emploi à la ville. C’est un choix respectable, mais pourquoi serait-ce à la collectivité d’assumer le coût écologique de ce confort ?
– Parce qu’elle est peut-être commerciale, routière, taxi… et qu’elle a besoin d’arpenter le territoire pour des raisons professionnelles. Dans ce cas ce n’est pas non plus à la collectivité de supporter les coûts inhérents à son activité, et il est normal de les intégrer à ses charges, et donc à ses coûts.
– Parce que son employeur l’oblige à travailler loin de sa famille. Dans ce cas, c’est à cet employeur d’assumer ce coût écologique, par exemple en offrant à l’employé un crédit d’impôt financé par une contribution spéciale de son employeur, proportionnelle à la distance parcourue par le salarié chaque jour pour venir au bureau ou à l’usine.
– …

On pourrait continuer. Le point important auquel je veux en venir est que c’est à celui qui est responsable de la pollution (et non pas à celui qui la commet parfois parce qu’on ne lui laisse pas d’autre choix) de la payer in fine. Ainsi, là où la taxe carbone induirait des coûts injustes pour la personne qui la subit, ils seraient compensés par un prélèvement auprès des personnes responsables de la situation.

Il y a bien sûr des cas où cette responsabilité est réellement collective (pompiers, samu, police, transports en commun…), et dans ce cas c’est bien l’ensemble des contribuables qui doit en supporter le coût. Mais quand cette responsabilité est du fait, pour prendre un autre exemple, de l’établissement d’une grande surface loin des villes, il est normal de demander à ces grandes surfaces de compenser leur coût écologique.

Il n’y a pas de miracle : les terrains moins chers en banlieue ou à la campagne ont un coût écologique aujourd’hui assumé par la collectivité. De ce fait, les fauteurs de pollution sont avantagés aux frais de tous : c’est eux qui profitent des terrains moins cher, et c’est les autres qui paient leur lourde facture écologique. Est-ce l’ordre normal des choses ?

Ceci étant dit, je comprends tout à fait qu’il faille aussi prendre en compte la situation présente comme un héritage à assumer collectivement. Ainsi, on a vendu les diesels aux gens comme étant moins chers à la consommation, et on augmente le coût du carburant… il y a quelque chose de l’ordre de la tromperie là-dedans et c’est normal de se sentir floué. Pour autant, on ne peut pas non plus continuer à accepter la pollution supplémentaire qui en résulte, donc une solution telle que subventionner l’achat de gazole pour les moins aisés est exactement ce qu’il ne faut pas faire.

En revanche, une solution intelligente serait de faire financer par la collectivité le rachat d’un véhicule propre. Ainsi le préjudice écologique est arrêté, et la collectivité assume solidairement l’héritage de l’histoire pour protéger les plus faibles économiquement. Bref, au lieu d’entretenir aux frais du contribuable une activité polluante, il faut encourager le changement des comportements.

Et c’est là qu’on rejoint ce que je disais plus haut, avec la vision globale de la société. La seule lutte durablement efficace contre la pollution, c’est de ramener les commerces près des gens, de cesser les longues transhumances domicile-bureau, etc. Il faut vraiment repenser intégralement notre façon de vivre et redonner une dimension humaine à nos déplacements, à nos bureaux, à nos commerces, à nos foyers.

C’est ça, la vocation du Mouvement démocrate.

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6 réponses à Taxe carbone et vision globale

  1. hubert dit :

    Eu beaucoup de plaisir à lire cet article

  2. drjp dit :

    Nous sommes tous des pollueurs car nous vivons. Nous produisons des « excreta« .
    Devons nous faire payer les obèses qui produisent plus de carbone du fait de leur sur-poids?
    Sortons de cette logique « payer pour sauver l’humanité« ,qui ressemble étrangement au rachat du salut de l’âme.

  3. mamouchka dit :

    N’oubliez jamais que, quelque soit le motif, une taxe est un prélèvement non proportionné aux revenus…
    De même, bien des gens recherchent un logement à proximité de leur lieu de travail…et en conformité avec leur ressources…
    Par contre, j’attends toujours la voiture électrique qui se branche sur secteur le soir, pour moins de 10 000 € et avec une possible aide gouvernementale qui ne ressemble pas à une aumone (2000 €).
    Vivre à la campagne n’est pas toujours un choix, pas toujours une motivation financière, cela peut être une question de place disponible en ville !
    Mamouchka.

  4. kpmfr dit :

    Normalement, le but d’une taxe n’est pas de financer le budget national proportionnellement aux possibilités de chacun, mais à décourager ou encourager la consommation de certains produits.

    La TVA est bien sûr la grosse exception à ce principe, et je ne suis pas opposé par exemple à baisser la TVA en proportion à la hausse des revenus fiscaux issus de la taxe carbone, par exemple.

    À moins de vouloir revenir aux tickets de rationnement ou à mettre un flic derrière chaque coin de rue pour vérifier tout ce que les gens achètent, la taxe est la seule solution pour contrôler la consommation. Bien sûr on peut aussi penser comme les libéraux que personne n’a à contrôler quoi que ce soit, mais ce n’est pas mon sentiment.

  5. mamouchka dit :

    Pour l’inefficacité du principe de la taxe, j’ai le souvenir d’une décision européenne qui voulait interdire les phosphates dans la lessive : l’Italie décrète son interdiction pour l’année à suivre, la France avec D; Voiney instaure une taxe…
    Par ailleurs, un article sur le site http://www.acs-info.ch/article.html?id=82 montre que ce n’est décidément pas la solution.
    Mamouchka

  6. Changer le monde ? On va le faire, tout simplement parce que l’on a pas le choix :)

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