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L’union de l’Europe, maintenant, plus de doutes possibles.
Et pourtant, c’est en ces temps de crise que l’Europe souffre plus que jamais d’un manque criant d’ambition. D’un côté on a, sous la houlette du pâle Barroso, la Commission la plus faible depuis longtemps — au point de se réduire presque à un simple secrétariat du Conseil — et de ce fait incapable de proposer la moindre initiative coordonnée sur la crise ; et de l’autre on a, pour la première fois depuis les débuts de la construction, un sentiment d’errement, de vanité.
On ne sait plus très bien ce qu’on veut faire ensemble, et ça c’est dramatique. Comme dans un couple qui s’est laissé dépasser par la routine du quotidien et s’est oublié en chemin, l’Europe s’est enfermée dans un fonctionnement bureaucratique et a perdu le sens du projet. Le Traité de Lisbonne est en ce sens particulièrement révélateur de ce vide. Le Traité de Rome, c’était le Marché commun, la paix. Maastricht, c’était la monnaie unique, l’Europe sans frontières. Mais Lisbonne, c’est quoi, pour le citoyen ? Il faut une sacrée culture juridico-technique pour apprécier ses avancées ! Il n’y a plus de rêve, plus d’horizon.
Un tel manque d’ambition, en faisant depuis une dizaine d’années du projet européen un outil de techniciens au service d’une idéologie non consensuelle, lui cause finalement le plus grand tort. C’est pourquoi il est urgent de proposer aux Européens une nouvelle utopie. Nous devons savoir où nous allons : à vélo si l’on regarde sa roue on tombe, il faut regarder au loin pour avancer.
Lorsqu’on analyse les raisons qui ont conduit au rejet de la Constitution en France, on constate que ce ne sont pas les modestes avancées proposées qui ont motivé le rejet : tout au contraire, c’est bien son manque d’ambition que les citoyens ont reproché au projet qui leur était présenté ! Pas d’Europe sociale, pas d’Europe politique, pas d’Europe diplomatique, pas de gouvernement européen élu démocratiquement… Bref : ça se prétendait une Constitution, mais les avancées politiques étaient à ce point indignes d’une Constitution. Elles étaient même indignes des précédents traités !
Pourquoi cette impitoyable tiédeur ? Les modalités de la négociation du Traité de Lisbonne nous mettent sur la piste : plusieurs États sont excessivement réticents à concéder à l’Union davantage de pouvoirs. Il apparaît clairement que certains États, qui ont déjà par le passé refusé d’adopter l’euro, ne sont pas disposés à accepter de nouvelles avancées fédérales. Le risque est grand que cette vision ne s’impose à l’ensemble de l’Europe et ne mène à une marginalisation définitive de l’idée fédérale, ce qui aurait raison le l’Union aussi certainement que le temps défait le tricot inachevé.
Pour éviter ce funeste déclin, il semble donc nécessaire de permettre à l’Union d’avancer significativement dès l’instant qu’une masse critique en son sein le souhaite, quitte à concevoir d’emblée plusieurs niveaux d’intégration. La règle, qui a finalement prévalu pour la monnaie unique, de limiter son extension aux seuls États qui le veulent et qui le peuvent, apparaît plus réaliste que d’attendre indéfiniment l’accord de pays notoirement opposés à toute avancée fédérale.
Il convient cependant de faire face à deux écueils.
Pour faire de l’Europe un acteur politique à part entière dans le monde de demain, il n’est d’autre voie que celle d’une articulation réussie entre une Europe large fondée sur les échanges, la régulation juridique et les valeurs de la démocratie et des Droits de l’Homme, et une Europe plus dense constituée au sein de la première par les États qui ont plus d’ambition.
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